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MYRIQUE BAUMIER

MYRIQUE BAUMIER

« Muscade boréale », « bois-sent-bon », un alias n’attend pas l’autre pour désigner cet arbuste culinairement fascinant qu’est le myrique baumier. On reconnaît cet arbuste circumboréal (c’est-à-dire indigène des régions boréales du globe, de l’Amérique du Nord à l’Eurasie) par les amas denses et touffus d’un à deux mètres de haut qu’il forme sur le bord des cours d’eau. Le myrique baumier porte plusieurs casquettes : épice dont l’arôme qui emplit en profondeur les plats gras ou sucrés n’a pas son pareil, tisane aux nombreuses propriétés, tranche d’histoire chez les Vikings qui s’en servaient pour aromatiser la bière, répulsif à insectes, pigment jaune pour la fabrication de teinture, mais également espèce bâtisseuse d’écosystèmes. Le myrique baumier a la propriété de fixer l’azote atmosphérique dans le sol, ce qui enrichit et stabilise les berges, son milieu de prédilection. Elle permet par le fait même de contrer l’érosion. Cette plante, pour mille et une raisons dont la gourmandise, mérite que l’on s’y attarde avec attention.

Habitat

Le myrique baumier prospère sur les berges des lacs et des rivières, les pieds quasi dans l’eau et les feuilles parfois trempées. En kayak, il n’est pas rare d’effleurer ses rameaux, ce qui libère son parfum prononcé et lui vaut son surnom de « bois-sent-bon ». Il pousse donc dans les sols humides et sablonneux et au pH acide. Il préfère également les milieux ouverts et ensoleillés. Ces caractéristiques sont aussi partagées par l’aulne ; aulne et myrique baumier poussent souvent dans les mêmes milieux tout près l’un de l’autre, deux espèces pionnières dans leur écosystème.

On retrouve du myrique baumier jusque dans le Bas-Saint-Laurent, mais c’est une espèce nordique qui pousse dans les régions boréales. En Amérique du Nord, il est présent au Québec jusqu’en Ungava ainsi que dans le Nord des autres provinces et des États-Unis. On en retrouve aussi en Europe dans les pays nordiques et l’Écosse, en Russie et dans certaines régions boréales de l’Asie.

Au fil des saisons

Saison sélectionnée

Au printemps

C’est au printemps qu’apparaissent les fleurs du myrique baumier. Elles ont l’aspect de chatons jaunes sans pétales. Les feuilles commencent aussi à sortir, juste après la floraison.

Récolte

Deux parties de la plante de myrique baumier sont comestibles et peuvent être récoltées : les feuilles et les fruits (ou chatons). Les feuilles, qui s’utilisent en cuisine comme les feuilles de laurier (pour relever des mijotés et des bouillons, par exemple), se récoltent de la fin juin à septembre. C’est durant l’été qu’elles concentrent un maximum de leurs huiles essentielles, avant de jaunir et de tomber en automne. Les fruits ou chatons, qu’il est possible d’utiliser comme épice moulue après le séchage, sont récoltés durant l’automne, entre les mois de septembre et de novembre. Ils sont alors pleinement matures.

La récolte peut se faire à la main ou avec de petits ciseaux. Pour faire sécher les feuilles comme les fruits, il est important de les disposer sur une plaque ou un grillage sans exposition directe au soleil et de s’assurer que l’air circule bien. Ils se conservent ensuite plusieurs mois dans des contenants hermétiques. Pour conserver un maximum de leurs huiles essentielles, il est conseillé de garder les feuilles et les fruits intacts, et de les émietter ou de les moudre seulement avant leur utilisation.

Le myrique baumier est déconseillé aux très jeunes enfants et aux femmes enceintes.

Récolte durable

Comme pour toute cueillette sauvage, la règle d’or des tiers s’applique ; un tiers du plant est nécessaire à sa survie, un tiers nourrit les animaux et un troisième tiers peut être cueilli. Toutefois, nous savons que la biodiversité est ce qui nous (les humains et des milliards d’autres espèces) permet d’exister, et puisque nous voulons tout mettre en œuvre pour la préserver, nous recommandons de ne pas cueillir plus de 20% d'une plante. Comme notre forêt est luxuriante, même les cueillettes bien à cheval sur ce principe sont fructueuses. Et nous ne voulons pas que ça change ! Pour le myrique baumier, il faut donc se tenir à une récolte de 20% ou moins des fruits d’un même arbre, et encore moins de feuilles, car ce sont elles qui réalisent la photosynthèse lui permettant de survivre.

Profil aromatique

Le myrique baumier a une complexité aromatique qui s’installe harmonieusement dans les aliments gras comme les viandes, les bouillons ou la soupe à l’oignon. Il se fond aussi dans les desserts et autres aliments sucrés, comme les panais et les betteraves. Le parfum du myrique baumier s’ouvre sur des notes résineuses et légèrement amères, puis laisse place à une chaleur épicée rappelant la muscade, le laurier ou encore le clou de girofle. Il laisse sur le palais une fraîcheur camphrée évoquant l’eucalyptus. Puissant, il s’utilise en petite quantité, moulu et intégré en fin de cuisson ou bien infusé en entier (en chatons ou en feuilles) et retiré après la cuisson.

Dans la culture

Le myrique baumier soulève beaucoup d’enthousiasme depuis bien longtemps, et pas seulement à des fins alimentaires, mais aussi festives... En Europe au Moyen Âge, le myrique baumier précédait le houblon comme ingrédient clé de la bière. C’était l’ingrédient principal du « Gruit », un mélange d’herbes ajouté dans la préparation de la bière pour équilibrer le sucre et aromatiser. En Scandinavie, les Vikings avaient la même idée et aromatisaient aussi leur bière au myrique baumier.

De l’autre côté de l’océan, cet arbuste avait également une grande notoriété, les Premiers Peuples d’Amérique du Nord lui réservant divers usages. Le myrique baumier était utilisé comme plante médicinale et, selon certaines sources, comme encens et mélange à fumer sacré. Il servait aussi à éloigner les insectes, son parfum ayant un pouvoir insecticide. Véritable prodige végétal, le myrique baumier fournit même un pigment jaune à base duquel les Premiers Peuples fabriquaient une teinture. En tisane, cette plante est réputée favoriser des épisodes oniriques lucides.

En somme, se familiariser avec le myrique baumier transforme notre conception du temps en nous rapprochant d’anciennes pratiques.